LA GESTION DU FONDS (MONEY MANAGEMENT)
Stanley Kroll, un de ces traders mythiques des années soixante dix qui est connu pour avoir amassé une fortune considérable en jouant les marchés des futures des matières premières, a coutume de dire que le plus important dans une stratégie de trading n'est pas d'avoir un système adéquat, beaucoup feraient l'affaire, mais d'avoir un bon plan de gestion du capital que vous allouez à vos activités de trading.
Un plan de gestion du capital vous aidera à répondre aux questions suivantes:
Quel est le capital total que je dois allouer à mes activités de trading?
Comment dois-je gérer mon risque?
C'est votre philosophie de gestion de capital qui vous dictera la somme maximale que vous êtes prêt à risquer sur une position au moment de son ouverture, elle vous dictera aussi le montant maximum de perte que vous accepterez de réaliser et vous aidera indirectement à choisir les règles appropriées de fixation de vos ordres stop. Elle vous guidera aussi dans le suivi d'un coup gagnant en apportant des réponses à des questions du type:
Dois-je ajouter à une position gagnante en utilisant par exemple la technique pyramidale ou au contraire prendre partiellement mes profits ?
Dans le domaine de la gestion du capital, les réponses à ces questions ne seront plus données en fonction de vos analyses des marchés ou des signaux techniques mais, par défaut et de façon indépendante, dans l'option de protection du capital.
Ainsi dans le cadre de la gestion du risque, il faut s'attacher d'abord à faire en sorte de limiter votre perte maximale possible sur une position ouverte à un niveau qui soit compatible avec votre méthode de trading et votre capitalisation totale. La règle est ici de couper vite ses pertes. Le deuxième point à contrôler en termes de gestion de risque est ce qu'il est convenu d'appeler en termes statistiques le risque de se ruiner.
Bruce Babcock aborde ce problème dans le cadre de 1a définition d'un système de trading. Pour lui, la somme que chacun devra allouer à une position ne saurait être définie autrement qu'en proportion du capital de trading auquel vous avez accès. Un élément essentiel devrait être dérivé des études de performance historiques du système de trading que vous avez choisi. Il définit e concept de "maximum drawdown" qui est le calcul de la perte cumulée maximum que le système a enregistré à un moment quelconque de la période testée. A partir de là, sa règle exige que nous soyons suffisamment capitalisés pour absorber financièrement ce scénario du pire ou "maximum drawdown".
D'autre part il est reconnu que les performances seront meilleures si vous diversifiez votre trading car les pertes maximales n'arriveront pas simultanément quand vous jouerez plusieurs marchés. Voilà pourquoi, plus es sommes que vous allouerez à vos activités de trading seront importantes,’ JS vous aurez les moyens d'opérer sur plusieurs marchés donc diversifier et, par conséquent, plus vous aurez de bonnes performances. C'est dans cet esprit que W. D Gann suggérait, il-y-a 50 ans, aux traders de l'époque de ne jamais risquer plus de 10% de leur capital sur une position.
Vic Spérandeo qui joue les S & P 500 futures (un contrat futur vaut 500 fois l’indice autrement dit pour un S & P à 350, chaque future vaut 175.000$) va plus loin, il confie ne jamais exposer plus de 3% de son capital sur une position. Cette règle est partagée par de nombreux traders professionnels qui savent qu'une cause fréquente d'échec chez les amateurs c'est d'être sous-capitalisés. Tous savent qu'il n'y a pas une seule approche, un seul système de trading qui n'enregistre un jour ou l'autre une succession de positions perdantes. Tous savent que s'ils ne sont pas suffisamment capitalisés pour absorber cette salve de pertes ils seront forcés hors du marché avant de profiter de ce grand mouvement qui aurait généré suffisamment de profits pour balancer les pertes antérieures et au-delà.
Ouvrons une parenthèse sur un problème intéressant de gestion de capital qui concerne les variantes à introduire quand vous développez une stratégie de vente à découvert plutôt que d'achat long en bourse. Sur une stratégie longue, les lignes gagnantes feront boule de neige et tout se passe comme si vous augmentiez naturellement les sommes exposées sur les titres gagnants. Consciemment ou pas, vous faites du suivi de tendance. Si vous êtes vendeur à découvert, l'inverse se produit. Vos lignes gagnantes, les titres qui baissent, représenteront naturellement une part de moins en moins importante de votre capital tandis que vos positions perdantes, les titres qui s'apprécient, seront, en proportion, de plus en plus lourdes. Le vendeur à découvert devra définir sa stratégie de gestion de capital en conséquence.
Une méthode de gestion du capital particulièrement agressive est la gestion de capital pyramidale qui consiste à profiter pleinement des régies fixant le déposit sur les marchés de futures ou de celles du report sur le Règlement Mensuel, pour utiliser l'appréciation papier des titres ou contrats détenus afin d'augmenter son exposition de façon exponentielle grâce au levier. Nul besoin de disserter sur les grands risques liés à de telles stratégies qui s'apparentent à la martingale, une stratégie bien connue des joueurs de casino.
Voyons à ce sujet quelle est la logique de la martingale. C'est une stratégie de gestion de capital, mise au point par les joueurs de casino, qui en théorie au moins vous assure de ne jamais perdre à une table de roulette (à condition que vous soyez mieux capitalisé que la banque du casino*). Elle consiste à placer systématiquement une unité de pari après un gain, et de doubler le pari antérieur après chaque coup perdant. Ainsi, en théorie du moins, un seul coup gagnant devrait vous permettre de récupérer toutes vos pertes antérieures. Si vous pariez 100€ et gagnez 200€, vous remettez 1 00€ en jeu. Si vous perdez, vous pariez ensuite 200€, puis 400 si vous continuez à perdre. Si vous gagnez là, vous récupérez donc 800F (2 fois 400€) soit les 100€, 200€ et 400€ pariés consécutivement plus 100€. Votre solde sera positif de 100€. Une autre technique de pari appelée l'anti-martingale fonctionne à l'opposé en doublant les paris gagnants et en ne pariant qu'une unité de pari après une perte.
* Rien sauf bien sur la règlementation des casinos qui limite les montants maximum que vous pouvez parier.
Tout boursier, tout spéculateur fait de la gestion de capital. Beaucoup le font de façon inconsciente et ne perçoivent pas suffisamment l'importance que ces décisions de gestion ont sur leurs performances. A titre d'exemple nous reprendrons sur le tableau suivant les performances comparées de deux portefeuilles travaillés de la même façon en utilisant un même système mais qui seront gérés différemment l'un au moyen d'une martingale et l'autre d'une anti-martingale.

Explication des tableaux précédents:
Le système de suivi de tendance théorique choisi assume que le profit moyen par position gagnante et égal à trois fois la perte moyenne par position perdante et que seulement un tiers des positions ouvertes sont gagnantes. Ce système a été défini afin de simuler un système classique de suivi de tendance.
Le système de trading-range fictif simule les caractéristiques des systèmes à court terme. Le profit moyen vaudra une fois et demi la perte moyenne et deux tiers des positions sont gagnantes.
Une fois que ces règles sont définies, l'ordinateur a simulé toutes les combinaisons possibles de gains/pertes sur des séries de 10 positions ouvertes en fonction des probabilités qui viennent d'être définies. Plusieurs millions de combinaisons ont ainsi été testées. Les résultats de ces simulations apparaissent sur le tableau précédent.
Les gains moyens représentent la moyenne des gains possibles par série de 10 positions ouvertes successivement c'est à dire après avoir pris toutes les combinaisons possibles de gains/pertes successives.
Le pourcentage de gagnants représente donc le pourcentage de séries de 10 paris qui se terminent par un gain.
Le rapport de gains/pertes est le total de tous les gains engrangés sur des séries gagnantes par le total des pertes apparues sur des séries perdantes.
Le gain maximum, est le gain enregistré par la meilleure série et la perte maximum celle qui a été enregistrée sur la plus mauvaise série (divisé par 1000$).
Commentaire: cette étude de simulation nous montre clairement que les résultats enregistrés (voir colonne "gain moyen") sur un marché dépendront autant sinon plus de votre méthode de gestion d'argent que de votre système de trading. Cette simulation permet de voir l'incidence qu'aura votre système de gestion de capital dans vos performances de trading.
Quelque temps après l'accident des marchés de 1987, Guy Bedos répondit d'une boutade au journaliste qui l'interviewait sur ce qu'il pensait de la Bourse "Entre la Bourse et la vie, j'ai choisi la vie". Disons pour conclure un sujet qui mériterait plus d'attention, qu'une bonne stratégie de gestion de fonds devrait permettre de jouer en Bourse tout en préservant ses fonds.
Sommaire : Analyse technique
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