New York : Chronique d'une guerre annoncée

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NEW YORK: CHRONIQUE D'UNE GUERRE ANNONCEE

Les marchés sont influencés par la psychologie des foules, l'euphorie et la peur amplifient les mouvements de marché au delà de ce que la raison exige

Un événement récent, l'annonce plusieurs semaines à l'avance de la date du déclenchement des hostilités contre Saddam Hussein, fait figure de véritable cas d'école. Pour une fois, les marchés ont plusieurs semaines pour s'ajuster à l'inéluctabilité d'une guerre. Cette crise du Golf fut certainement la plus médiatisée de notre histoire, son impact auprès du grand public grâce à des relais comme CNN fut tellement important qu'elle réussit à transformer le comportement quotidien de chacun d'entre nous, alors que dire de l'impact que tout cela eut sur le comportement des investisseurs et des spéculateurs. Après six mois de peur savamment distillée, le marché était en pleine crise dépressive.

Revenons sur les propos que tint Paul Tudor Jones dans Barron's daté du 21 janvier 1991 pour mieux comprendre au travers de ses explications pourquoi, dans les premiers jours de l'année 1991, l'analyse technique vous criait d'acheter les marchés boursiers.

Au sujet de la crise du Golf, il dit, le 14 janvier 1991 (rappelons que l'attaque aérienne des Forces de l'Air Américaines sur Bagdad aura lieu dans la nuit du 16 au 17 janvier).

... Peu importe le cours des événements prochains (dans le Golf), la bourse va très fortement augmenter dans les deux prochaines semaines. Nous avons aujourd'hui et demain de fabuleuses opportunités d'achat, car toutes sortes de peurs se sont cristallisées sur une journée. Cela me fait penser à un placement d'obligations par le Trésor, où vous voyez que le plus bas (sur le marché obligataire) est enregistré juste avant la vente. Tous les institutionnels sont très liquides, et bientôt il n 'y aura plus de suspens. Peu importe ce qui va se passer, le marché vous crie d'acheter ... Nous avons les statistiques de sentiment qui sont à des records de pessimisme. Tous les indicateurs techniques sont sur la position d'achat. Le Fed a abaissé les niveaux des réserves obligatoires, If prend toutes les bonnes mesures pour faire redémarrer l'économie et les marchés boursiers. Tout cela devrait nous donner un extraordinaire rallye pendant le premier trimestre. Mon sentiment c'est que le marché enregistrera de nouveaux plus hauts historiques sur ce rallye ...

Un retour sur le graphe du Dow Jones vous permettra d'apprécier toute la pertinence de l'analyse de Paul Tudor Jones. Cette analyse n'est au demeurant pas nouvelle. Dans son livre sur Warren Buffett The Midas Touch, John Train écrit au sujet des désastres en général et des guerres en particulier:

"Les marchés boursiers réagissent de façon maniaco-dépressives aux nouvelles, et quand la désillusion prend prise, (après être allées trop loin dans un sens) les choses iront probablement trop loin dans l'autre sens ... Des exemples récents de désastres telle l'explosion de Bhopal, qui provoqua l'effondrement de Union Carbide, a permis aux frères Bass de faire une immense plus-value alors que le titre a rebondi pratiquement à son niveau des cours avant l'accident…Le plus illogique à ce propos, c'est de vendre à cause de la peur d'une guerre. L'investisseur expérimenté fait le contraire ... "

Ces quelques phrases montrent bien, s'il en était besoin, que le principal signal de vente en août et d'achat en janvier, est un signal plus psychologique que technique. Un bon historien des marchés comme John Train qui est un fervent adepte de l'analyse fondamentale, n'avait plus dès lors, grâce à sa connaissance des comportements historiques des Bourses, qu'à se baisser pour ramasser début janvier 1991 un Dow à 2350 ou un CAC 40 à 1450. Le plus singulier apport de l'analyse statistique, a été de quantifier l'étendue du pessimisme qui avait envahi les marchés à cette époque. Parmi d'autres statistiques de sentiment, nous pouvons citer:

  • Un très fort degré de liquidité des institutionnels (fonds de pension et fonds collectifs). Source: Indata.
  • Marché des futures sur indice sur-vendus (Source Chicago Mercantile pour le future du S&P 500, et le Chicago Board of Trade pour les options sur S& P500 et S&P 100). Les études appropriées faisaient état de premiums, intérêts ouverts et put/cali ratios à des niveaux record de sur-vente. Cet état sur-vendu explique pourquoi ensuite les liquidations de ces couvertures ou assurances contre la baisse (évaluées par les intérêts ouverts) ont poussé les valeurs plus hautes encore.
  • Les positions de place fortement vendeuses
  • L'état psychologique ambiant à Wall Street où les héros du jour étaient les grands vendeurs à découvert comme les frères Fesbasch. Ces derniers venaient d'ailleurs d'acheter un jet privé qu'ils avaient baptisé Bear Air!
  • Les statistiques monétaires étaient positives: Rien qu'en décembre 1990, le Fed réduit par deux fois le discount rate ainsi que le taux de réserves obligatoires auquel il n'avait pas touché depuis la fin des années soixante dix.

Tous ces facteurs techniques qui poussaient à l'achat, étaient là dès avant l'attaque aérienne sur Bagdad, puis la véritable euphorie qui a accompagné le succès des opérations militaires ne fit qu'entretenir cette tendance haussière exceptionnelle.

Le caractère exceptionnel de la situation a permis aux indicateurs statistiques de lancer des signaux limpides, l'histoire des marchés nous apprend malheureusement que ce n'est généralement pas le cas. En situation courante, l'interprétation d'indicateurs de marché sera beaucoup moins simple, voilà pourquoi aucun indicateur n'est à négliger.

 


Sommaire : Analyse technique

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