L'ANALYSE TECHNIQUE DEPUIS TRENTE ANS
Dès les années soixante des gestionnaires vedettes comme Jerry Tsai chez Fidelity puis avec le Manhattan Fund utilisaient déjà l'analyse technique comme l'outil de base permettant de définir leur politique de gestion de portefeuille. L'époque était au culte de la performance chez ces gérants; les plus agressifs d'entre eux se portaient, grâce à l'analyse technique, sur les valeurs de croissance aux multiples démesurés mais qui jouissaient d'un fort momentum haussier. Ce fut l'époque bénie des Nifty Fifty, ces cinquante grandes valeurs de croissance "qui ne pouvaient que s'apprécier", ce qu'elles firent jusqu'en 1968. Le retournement de la Bourse en 1968-1969 (puis encore en 1973-74) signifia la débâcle de ces valeurs vedettes comme Polaroid ou Avon et la fin de l'époque bénie des Gogos Funds. Après avoir été adulée, l'analyse technique, comme c'est le cas de bien des modes à Wall Street, sera mise à l'index dans toutes les banques d'investissement.
Au début des années soixante dix, on voit apparaître du côté de Lassale Street à Chicago, la Mecque des marchés de futures sur matières premières agricoles (Commodities), les premiers contrats standardisés d'options sur titres boursiers. Alors que Wall Street doit digérer les excès de la décade précédente, deux phénomènes vont créer les circonstances de l'arrivée d'un marché haussier historique sur les matières premières. Il s'agit de la démonétarisation de l'or en 1973 et de l'apparition d'une inflation forte et croissante. La spéculation et le jeu changeront d'arène, d'autant plus que la spéculation sur actions a, nous l'avons vu, trouvé à cette même époque un nouveau support: les marchés organisés d'option d'abord à Philadelphie et vite après au Chicago Board Option Exchange. Sur ces marchés d'options et de futures sur matières premières agricoles et industrielles, l'analyse technique est reine. Les grands théoriciens de la science sont pour la plupart d'entre eux issus de ces marchés car ils ont vite compris que là où l'émotion domine la raison, l'analyse technique offre bien des avantages. Des fortunes et des réputations se feront et se perdront au grès des marchés. Ceux qui ont su surfer sur l'or de 35$ à 850$, les Granville, Schultz ou Kroll deviendront vite les gourous adulés de l'époque.
Alors que la décade touche à sa fin et que Chicago est à son zénith, les bourses mondiales après dix années de purgatoire terminent leur longue consolidation. En 1978, Bob Prechter, jeune analyste de chez Merrill Lynch et A.J Frost disciple de Charles Collins et R.N Elliott documentent dans Les Vagues d'Elliott les raisons pour lesquelles les bourses sont prêtes à flamber. Dans les toutes premières années de la décade trois hommes: Paul Volcker à la Federal Reserve, Michael Milken chez Drexel et Reagan à la Maison Blanche vont créer* les conditions de cette explosion: maîtrise de l'inflation permettant une baisse des taux, dérégulation de l'économie et des marchés et abondance de cash pour des opérations financières et boursières. Alors que le bull s'élance, l'analyse technique revient triomphante à Downtown Manhattan. A Chicago les futures sur les devises et les taux supplantent en activité les marchés à terme des matières premières (Commodities Futures).
* Pour un technicien le terme est mal choisi, ils ne feront qu'accompagner ou encadrer, autrement dit aider une dynamique latente à se développer.
La nouvelle génération de gourous techniciens, les Numrock, Prechter et Zweig, trouvent dans les nouvelles chaînes thématiques CNN* et FNN des caisses de résonance sans pareilles pour diffuser leurs prédictions. Comme c'est souvent le cas, le monde universitaire introduit avec retard l'analyse technique dans ses programmes: il faudra attendre le début des années quatre-vingt pour que John Murphy reprenne dans un ouvrage de compilation un siècle d'analyse technique (Technical Analysis of the Futures Markets) puis donne les premiers cours d'analyse technique à NYU (New York University). Aujourd'hui le dentiste de Cincinnati s'abonne à des magazines comme Futures ou Technical Analysis of Stocks & Commodities, et fait tourner sur son PC le dernier système de trading miracle. Chez les professionnels, la Market Technicians Association assied définitivement la respectabilité de la science en définissant des standards d'éthique et de compétence, en organisant des séminaires et administrant un examen national: le Chartered Market Technician Program.
Il n'existe pas une banque d'investissement qui n'ait son département d'analyse technique. Les stratèges en investissement comme Bob Farrell chez Merrill Lynch ou Ralph Acampora chez Prudential dont les études sont diffusées dans les réseaux commerciaux et auprès des traders, basent leurs analyses en grande partie sur des indicateurs techniques. Au moins 50% de l'information financière générée aujourd'hui par Wall Street est de nature technique. La proportion atteint plutôt 99% dans les salles de marché des banques et les cellules d'étude des marchés de futures ou d'options.
* Sur CNN, offert aujourd'hui par les opérateurs de réseaux cablés français, nous vous conseillons les émissions Business Morning à 12:30 et Business Day à 13:30 qui, tous les jours de semaine, passent en revue l'actualité des marchés Japonais et Européens avant l'ouverture de Wall street. De plus, au hasard des programmations vous aurez peut être la chance de voir Jo Granville ou Jim Rogers, pour ne citer que deux invités récents, vous confier leur sentiment courant sur la bourse. Le conseil d'achat du secteur bancaire que fit Granville en décembre 1990 fut d'ailleurs particulièrement approprié.
Sommaire : Analyse technique
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