mercredi, 15 juillet 2020

Big Mac et Forex, quel rapport ?

Lorsque vous croquez dans un BigMac, lorsque vous buvez un Latte (le café le plus vendu par Starbucks) vous êtes-vous déjà demandé quel était son prix dans d'autres pays ?

Car deux biens identiques, même lorsqu'ils sont autant diffusés de par le monde que ces deux-là, n'auront pas forcément le même prix. Et cet écart, d'un pays à l'autre, pourrait vous surprendre...

Cet écart, des experts le mesurent : vous l'ignorez peut-être mais il existe, par exemple, un indice BigMac et un indice Starbucks Latte qui permettent de faire ce genre de comparaison. Leur avantage : la simplicité. « L'indice Starbucks Latte », explique Sarah Eisen, journaliste spécialisée dans le Forex de Bloomberg, « permet de savoir si mon dollar, aux USA, achète la même quantité de Latte qu'un Yuan peut le faire, en Chine ».

A quoi de tels indices peuvent bien servir ?

Ces deux indicateurs font partie des indices PPA : PPA pour « Parité de pouvoir d'achat ». Les mesures de ce genre ont l'air un peu triviales, voire puériles, au premier abord, mais elles sont en réalité prises très au sérieux par les investisseurs qui tradent les devises sur le Forex. Ces PPA font même partie des quelques indicateurs fiables qui les aident à faire des choix directionnels sur le marché des devises.

« La PPA (Purchasing Power Parity en Anglais, PPP) est un concept assez simple et efficace pour le Forex » confirme Boris Schlossberg, directeur des recherches Devises de GFT Forex. Cet indicateur repose sur un concept, celui de la loi du prix unique (en anglais, Law of one price (LooP)).

C'est une théorie économique qui a été créée à l'université de Salamanque au XVIe siècle, et qui a été formalisée par l'économiste suédois, Cassel (1866-1945). Elle dit que dans un marché efficient, chaque bien identique doit avoir le même prix en tout point du marché. Elle suppose que la concurrence est pure et parfaite et que les acheteurs choisiront forcément les prix les plus avantageux pour eux, ce qui conduira les vendeurs à s'ajuster.

Le « Big Mac Index » mis au point par les journalistes de ‘The Economist' et publié chaque année depuis 1986, illustre bien cet intérêt pour les utilisateurs du Forex.

Le « Big mac » est considéré comme un produit homogène. McDonald, son concepteur, y met les mêmes ingrédients quel que soit le pays, ce qui permet à ses consommateurs globe-trotters d'engloutir le même produit partout dans le monde. Si ce BigMac se vend à Paris 4€ et vaut le même jour 3$ à New York, le taux de change économique (PPA), est de 3$/4€ = 1,25 $/€. Si le taux de change officiel est de 1$/€, donc l'euro est surévalué de 25%.

Bien sur cet indicateur ne permet pas de tenir compte des droits de douane, des coûts de transport, de la différence de cout des intrants (travail, impôts, loyers…) ni surtout des mouvements de capitaux, de plus en plus importants aujourd'hui. En étudiant le dernier Big Mac Index calculé par The Economist, on constate une bonne évaluation de l'Euro par rapport au dollar. Quant au yuan chinois, c'est la grande monnaie la plus sous-évalué par rapport au dollar (-40%).

Le Latte de Starbucks, et son indice, ont le même intérêt. Le latte est vendu l'équivalent de 5 dollars en Grande-Bretagne et n'en vaut que 2,5 aux USA. La conséquence de ce constat, explique Boris Schlossberg, c'est qu'on se dit « que la Livre est vraiment très surévaluée par rapport au dollar »

Or, souligne Hafeez Bilal, chef stratégiste devises de Deutsche Bank : « quand une devise est surévaluée de 20 à 30%, elle a tendance à revenir à parité assez rapidement. Cela peut même être sur un an. » Le suivi des PPA permet donc d'identifier des variations anormales dans le pricing des monnaies, et de jouer un retour sur leur valeur d'équilibre. Le site de l'OCDE donne une liste de PPA croisées entre pays...

Il ne faut pas compter d'ajustement rapide. Un horizon d'un an est considéré comme raisonnable. Et surtout, il ne faut pas considérer la PPA comme l'Alpha et l'Omega des indicateurs sur les devises. Elle confirme une tendance.

Elle ne permet pas, à elle seule, d'élaborer une stratégie complexe, à long terme, faisant intervenir deux devises ou davantage. C'est un instrument comme un autre, important, mais sans aucun doute moins important que l'inflation et les taux d'intérêt. Ce dernier indicateur peut même être considéré comme le plus pertinent à ce jour pour ce qui concerne les devises...

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