mercredi, 28 juin 2017

Affaire Kerviel et l'influence de la rumeur sur les cours de bourse

Les pertes colossales causées par J. Kerviel à la Société Générale

Dans les salles de marché des grandes banques comme la Société Générale, les mouvements des gérants actions sont couverts par des arbitragistes sous la forme de contrats à terme.

Lorsque des actions sont achetées par un gérant actions dans l'anticipation d'une hausse des cours, un arbitragiste est normalement chargé d'acheter des contrats « short » (options de vente) qui anticipent une baisse, mais qui pourront être rapidement revendus si le pari de la hausse se révèle fructueux.

Inversement, si l'anticipation de hausse se révèle erronée, les contrats « short » amortiront la perte. En 2006 et 2007, J. Kerviel était arbitragiste à la Société Générale, chargé de prendre des positions sur les indices boursiers européens.

Dans les capacités financières qui lui étaient accordées, il devait prendre aussi bien une position acheteuse (pariant à la hausse) que vendeuse (pour se couvrir), l'objectif étant de dégager un bénéfice in fine dans une période qui était alors plutôt faste pour les indices boursiers.

Mais le trader semblerait n'avoir pris des positions que dans un seul sens, et avoir produit des « faux » en matière de couverture.

On a pu s'étonner que les contrôles internes (le back office) de la Société Générale n'y ait vu que du feu, ou encore que la chambre de compensation elle-même n'ait produit les appels de marge nécessaires qu'au bout d'un temps assez long (début 2008, juste avant que le scandale n'éclate).

La perte de la grande banque française est alors évaluée à 4,9 milliards d'euros, et J. Kerviel, qui ne semble pas s'être enrichi personnellement dans les différentes opérations qu'il a menées, sera condamné à cinq années de prison dont trois fermes à l'automne 2010, une décision dont il a fait appel.

 

Le jeu de la rumeur et ses conséquences sur le titre Société Générale en janvier 2008

Début janvier 2008, les cours des actions des établissements bancaires étaient déjà chahutés depuis plusieurs mois à la suite de la révélation des premiers éléments de la crise des subprimes, et il allait d'ailleurs bientôt s'avérer que les pertes de la Société Générale en matières d'actifs toxiques s'élèveraient à quelque 2 milliards d'euros.

Une rumeur faisant état « d'événements graves » pour la banque, mais sans plus de précisions, circula dès la mi-janvier 2008, et sur Euronext Paris le titre Société Générale perdit 8,2 % le vendredi 18 janvier, puis 8 % le lundi 21 janvier et encore 4,1 % le mercredi 23 janvier.

Or les agissements frauduleux de J. Kerviel, ainsi que le montant des sommes perdues par obligation de dénouer des positions, ne furent annoncés par le PDG de la Société Générale que le jeudi 24 janvier.

Les cours Société Générale ne reculèrent ce jour-là que de 4 %, car l'essentiel de la rumeur avait déjà produit son effet par anticipation, et l'on put même se demander à juste titre si ce dernier recul majeur n'avait pas été causé principalement par l'annonce concomitante d'une augmentation de capital (à hauteur de 5,5 milliards d'euros).

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