Les stratégies contrariennes

La finance comportementale est l'application de la psychologie à la finance, et plus précisément, à la bourse. Elle consiste à considérer que le marché n'est pas, comme le proclame la théorie, pur et parfait, et que les cours de bourse ne synthétisent pas toutes les informations nécessaires à l'établissement de la valeur d'une action. Les marchés sont en effet sujets à des travers de comportement, ce qu'on appelle en finance comportementale des « biais », qui créent des anomalies de marchés.

Ces biais peuvent être cognitifs, être liés à la mémoire, aux habitudes mentales, à la peur ou à l'envie, ce peut être aussi des mouvements moutonniers de la foule des investisseurs qui réagissent collectivement, et de façon excessive, à des informations. Savoir les détecter, les reconnaître et apprendre à s'en servir permet d'élaborer des stratégies payantes pour l'investisseur. Parmi celles-ci, la stratégie contrarian est une des plus connue. Elle a acquis ses lettres de noblesses avec quelques investisseurs célèbres, qui ont bâti leur fortune sur le constat du poids excessifs de la psychologie dans le comportement des acteurs du marché.

Les plus célèbres sont Sir John Templeton, qui disait «Si vous voulez mieux performer que les autres, agissez à l'opposé de ce que font les autres». 

Buffett, roi des contrariens

Son héritier spirituel, aujourd'hui, est Warren Buffett, financier devenu, grâce à cette technique, l'un des dix hommes les plus riches du monde. En octobre 2008, alors que les investisseurs fuyaient la bourse et que le monde de la finance semblait s'écrouler, Warren Buffett affirmait qu'il fallait revenir sur les actions. « Soyez avide quand les autres sont craintifs et craintif quand les autres sont avides » conseillait-il alors. La suite lui a donné raison.

Depuis début 2009, le Dow Jones a repris plus de 50% ! Poussées par une panique sans nom, les actions étaient descendues si bas que les prix étaient devenus extrêmement alléchants. En pareil moment, le pessimisme ambiant est toujours l'allié de l'investisseur contrarien. Il ne s'agit pas d'acheter tout le marché sans discernement, mais de sélectionner les plus beaux titres à des prix de braderie. De telles occasions ne sont pas fréquentes, il faut dans ce cas pouvoir se décider rapidement et se tenir à ses convictions.

Gérer ses émotions

Dans une étude réalisée en 2009, la défunte banque Dexia montre que les bons gérants doivent apprendre à gérer leurs émotions pour penser de façon indépendante. Pour se libérer de ce biais, Dexia a créé un instrument qui évaluent les risques de renversement de tendance : le Proprietary Sentiment Index (PSI). Ce dernier intègre plusieurs indicateurs, comme le ratio haussier/baissier, le ratio des options de vente/d'achat, les biais, la volatilité et les positions nettes sur les marchés de contrats à terme et mesure ainsi l'excès d'optimisme et l'excès de pessimisme en bourse.

Le premier apparaît généralement juste à la fin d'un marché haussier tandis que l'excès de pessimisme intervient en fin de période de baisse ou après des informations macro-économiques préoccupantes, mais déjà largement intégrées dans les cours. Mais attention, acheter un titre seulement parce qu'il a baissé de 90% par excès de pessimisme n'est pas forcément gage de bon choix. Il faut aussi analyser son positionnement et calculer sa valeur hors du contexte qui l'a conduit à baisser. Dernier point : il faut aussi savoir s'en débarrasser quand il a atteint son pic de popularité.

Quel indicateur utiliser ?

Repérer une tendance est une chose, connaître avec certitude le moment optimal où il faut acheter et vendre en est une autre. La plupart des traders contrariens utilisent des outils comme le Vix (Indice de Volatilité du marché, on l'appelle aussi l'indice de la peur), les ratios Put/call et les indices Bullish/Bearish. On peut aussi y ajouter un autre indicateur : la presse.

Quand elle fait ses gros titres sur une information boursières, c'est qu'il est déjà trop tard et que le mouvement est quasiment terminé. Le grand public a, du coup, souvent un train de retard. Pas l'investisseur contrarien qui interprète ces gros titres comme un signal d'achat ou de vente.

Le pari de Tepper

C'est en appliquant une stratégie contrarienne que le financier américain David Tepper a réalisé, en 2009, un gain de 2,5 milliards de dollars en huit mois. Cette antithèse du banquier classique, habillé en jeans et en baskets, a tout simplement parié sur les banques américaines au moment où personne n'aurait misé un « cent » dessus !

Ce manager de hedge funds a donc, via sa société Appaloosa Management, massivement investi dans les titres de Bank of America et Citi, qui valaient respectivement moins de trois et un dollar. Peu après, ces actions ont explosé. «A l'époque, je me sentais un peu seul» confiait-il ensuite au Wall Street Journal. Cette opération l'a propulsé dans le cercle très fermé des 50 Américains les plus fortunés de 2011...

L'or de Paulson

John Alfred Paulson est aussi un contrarien. Ce patron de hedge fund américain a réussi deux joli coups : il a vu venir le krach des subprimes et a vendu massivement ces titres juste avant le krach, réalisant plusieurs milliards de dollars de plus-value. Il a aussi investi sur l'or au tout début de la montée des cours. Et a encore engrangé quelques milliards. Mais il a alors voulu, commme Tepper, parier sur les bancaires. Hélas, il s'y est mis trop tard, en 2010. Son fonds a alors perdu 40% de sa valeur. Le timing est aussi la clé d'un bon investissement contrarien !

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Arnaud Jeulin Responsable de la publication, Trader

Après un diplôme d'ingénieur, Arnaud a commencé une carrière de développeur. Il a travaillé avec des traders et des services de back office pour mettre en place des prototypes et des outils de trading. Il a ensuite créé sa propre entreprise en 2003.

Il a été responsable du webmarketing pour la Banque en ligne Suisse Synthesis, depuis rachetée par Saxo Bank. Il a aussi fait des audits pour différents brokers et participé à plusieurs salons professionnels pour les courtiers à Londres, Paris et Chypre.

Depuis 19 ans Arnaud a approfondi sa connaissance des brokers et des marchés, il utilise son expérience pour améliorer Mataf afin d'éviter d'orienter les visiteurs vers des brokers malhonnêtes ou des stratégies de trading dangeureuses.

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